Episode 12 L’adoption et l’identité – INTERVIEW avec Julie

Julie est née en Colombie et a été adoptée en France par un couple installé en France, mais pas de nationalité française.

Julie est ma belle-soeur, elle est mariée avec mon frère. Elle est psychologue et habite en France.

On parle des thèmes suivants:

– le sentiment d’appartenance à son pays d’origine: la Colombie,

– le sentiments d’appartenance à son pays d’accueil: la France,

– la relation avec l’espagnol.

 

 

L’adoption et l’identité: « ma connexion à la langue et à la terre »

 Voici la transcription complète de cette interview:

Nolwenn: Alors, aujourd’hui, c’est un
épisode spécial. Encore une fois, en fait, on dirait que dans les épisodes
français, je fais une séquence famille parce que la semaine dernière, j’avais
Francesco, mon neveu, et aujourd’hui, j’ai ma belle-sœur Julie, Salut Julie!

Julie: Salut!

Nolwenn: J’ai eu l’idée hier de faire un
enregistrement parce que il y a vraiment un point au niveau de l’identité
culturelle, et si on parle d’où on vient, ce que je trouve très, très
intéressant, donc, il y a la langue, mais il y a aussi le lieu, en fait, la
terre d’où l’on vient. Et donc, j’aimerais bien que déjà, tu te présentes un
petit peu pour expliquer d’où est-ce que tu viens

Julie: Alors, oui, Julie, j’ai 38 ans. J’ai
été adoptée à l’âge de 3 – 4 mois, donc j’étais tout bébé. J’étais adopté à
Bogota, en Colombie, par des parents français et encore pas tout à fait
français, qui sont eux aussi des étrangers parce que ma mère est Suisse, bon,
c’est pas très loin, mais ce n’est pas la France et mon père est d’origine
arménienne. Donc il est venu enfant. Il est né en France, mais ses parents,
eux, viennent de Turquie. Ils ont échappé en fait aux massacres qui se sont
passés au moment de la guerre avec les Turcs. Et donc, mes grands-parents sont
arrivés ici et ont travaillé en France et ils ont eu mon père, entre autres.
Donc on est français, mais. Mais un peu aussi, pas de souche, on va dire je ne
sais pas si ça se dit encore,

Nolwenn: Mais oui, mais moi, ça m’a
fasciné. En fait, toujours cette idée que non seulement toi, tu venais d’un autre
pays, mais tu es adoptée par des étrangers en France. Et même si on peut dire,
par exemple, que ta mère est Suisse, c’est pas très loin, mais si c’est un
autre pays qui a une culture, qui a un accent qui est, qui est différent, qui a
une histoire totalement différente de la France. Donc ça m’a fasciné et quelque
chose d’assez drôle. Si je peux me permettre. Comme moi, j’ai passé du temps en
Colombie. Parfois, j’ai parlé de toi. D’ailleurs, si on a le temps après,
j’aimerais bien parler de l’influence que ça a eu pour moi de vouloir créer un
lien avec cette culture parce que pour moi, ça a eu un impact, vraiment.
Comment est-ce que ça s’est passé pour toi de grandir, donc en France, puisque
tu as toujours vécu en France?

Julie : Oui, toujours en France.

Nolwenn : Et est-ce que tu te rappelles de
quand est-ce que tu as compris que tu étais adoptée? Il me semble que tes
parents étaient très ouverts à ce niveau-là ? Donc, comment est-ce que ça s’est
passé quand tu étais petite?

Julie: Je me souviens. Le premier souvenir
que j’ai par rapport à ça, c’est un livre en fait que ma mère m’a donné, qui
s’appelle Aurélien et qui est très bien et qui explique justement l’adoption.
Et donc c’est à travers ce livre là que j’ai donné aussi à mes enfants, avec
lequel on a. On a regardé un peu pour essayer et pour qu’ils comprennent. Et
c’est par ce biais-là, par ce livre-là, que j’ai commencé à entrer dans
l’histoire de l’adoption et ce que ça voulait dire ça c’est le premier
souvenir. Et puis ensuite, on va dire que c’est plus direct avec les copains
d’école qui vont te faire prendre conscience que tu es différent physiquement
déjà. Premièrement, mais pas de malveillance. C’est à dire c’est : « tiens, tu
ressembles pas tout à fait tes parents. » Voilà! Mais c’est un constat
d’enfant. En fait, ce n’est pas un jeu, ils ne vont pas la plaquer des idées,
etc. C’est juste factuellement. Non, je ne ressemble pas à mes parents. Donc,
mais ils s’en fichent. Ça ne va pas plus loin. Les adultes posent plus de
questions, mais les enfants, non, ils s’arrêtent à ça, oui. Simple constat. Et
ouais, c’est ça. C’est les premiers. Les premiers souvenirs, en fait. Il y a
quelque chose et un décalage entre tu es la fille de monsieur et madame et ta
représentation physique. Ta… Ouais, ton aspect physique

Nolwenn: Et d’ailleurs, à partir de quel
moment est ce qu’ils t’ont parlé de de la Colombie en particulier? Et pour toi,
tu as grandi avec cette image? Est-ce que tu en avais comme par exemple quand
on est petit ou même quand on connait pas un pays lointain, on imagine pas bien
ce que c’est donc ou comment c’était pour toi. Cet imaginaire, tu l’imaginais
comment?

Julie: Euh, comme dans la pub pour le café
avec des montagnes parce qu’on m’avait dit c’est très haut, voilà. Et puis on
regardait les photos, en fait, parce qu’il y avait des photos aussi de quand
ils sont arrivés là-bas et qu’ils m’ont eue. Donc on regardait les photos. Donc
je voyais quelque chose de des montagnes, un train, un bonnet et quelqu’un qui
joue de la flûte de pan. Enfin, c’était quelque part, c’était un peu ça. Et qui
buvait du café.

Nolwenn: Oui,

Julie: Voilà, c’était un peu les clichés.
Et après, en grandissant. C’était à l’époque aussi où il y avait la traque des
d’Escobar, etc. Donc est venue après le deuxième, la deuxième représentation.
C’est la drogue, les cartels, la dangerosité. Voilà qui colle encore à la peau
de ce pays. Oui, encore et toujours. Mais voilà, c’est quand on dit Colombie,
c’est dangereux. C’est un pays. Oh là là, il ne faut pas y aller ! Ah oui? Et les
blagues ! Après qu’on me faisait quand j’étais plus âgé, c’était la drogue ha
ha ha!

Nolwenn: Toujours, Donc je voudrais te
demander par rapport à ton identité puisque d’ailleurs j’avais une conversation
avec les parents il y a quelques jours et j’étais en désaccord avec eux. Ils
disaient qu’on est originaire de la ville où on naît. Et moi, je suis contre
cette idée là parce que je suis née dans le sud de la France et on n’a jamais
habité à Lourdes, où je suis née. Je ne m’identifie absolument pas à la ville
où je suis née. Je ne la connais pas, donc, mais pour toi, c’est autre chose.
J’imagine ou en fait, j’imagine pas. Justement, je te demande, toi, par rapport
à ton identité, est ce que l’origine ou tu es née a eu un grand impact sur ton
identité?

Julie: Oui, oui,

Nolwenn: On s’arrête là?

Julie: Nan, mais c’est vrai. Non, mais
parce que je réfléchis en même temps. Mais je me dis que oui, c’est ça. Ça a eu
un impact parce que ce n’était pas. Ce serait en effet une ville, je sais pas.
Lyon, Marseille ou Paris. Peut-être pas forcément parce qu’étant, enfin
habitant en France, mais là, déjà, le mot m’a toujours fait rêver. Enfin, c’est
un mot que je trouvais beau,

Nolwenn: Oui.

Julie: Et puis, les images après de la
ville, je me disais Mais c’est incroyable, c’est hyper haut. Comment ça se fait
que…? Et et après de me dire oui, finalement. Moi, je me sens bien, je me sens
bien dans un environnement. Enfin, j’aime la montagne et je me disais et je ne
faisais pas. Le rapprochement en fait. Et quand je suis à la montagne, je me
sens bien. Je ne sens pas du tout renfermée, je me sens… J’ai jamais eu le mal
des montagnes. J’ai toujours … et après je me dis bah oui, mais en même temps,
c’est normal. Bogota, ça a 2600 mètres d’altitude. Donc oui, la montagne, ce
n’est pas quelque chose qui est gênant et donc c’est important. Même si je sais
maintenant, en ayant un peu plus d’informations sur ma famille, en tous cas sur
ma mère biologique, je sais que ce n’était pas son milieu. Ouais, elle, est
venue ici. Enfin, elle est venue à Bogota pour travailler. Oui, parce qu’il n’y
avait pas d’autres possibilités. Et elle avait déjà deux enfants. En plus de
moi, donc, elle est venue pour travailler. Mais ce n’est pas sa région
d’origine. C’est pas de là d’où elle vient. Mais comme beaucoup de

Nolwenn: Ben oui,

Julie: il y des gens qui viennent de
partout

Nolwenn: comme à Paris, par exemple.

Julie: exactement.

Nolwenn: Et… OK. Alors j’ai envie de… aussi
de te demander… Comment est-ce que tes parents t’ont parlé de la Colombie? Quand
tu étais petite,

Julie: Alors pour eux, c’est.

Nolwenn: Même maintenant?

Julie: C’est toujours quelque chose qui
correspond en fait à mon arrivée. Donc, c’est très idéalisé. C’est… Ils m’ont
toujours parlé de la Colombie comme un endroit formidable. C’est là où ils sont devenus
parents, quoi. Donc, pour eux, ça reste associé à quelque chose de… Pourtant,
ils n’ont pas vu beaucoup en fait, mais on y est retourné après ensemble et
c’était important d’y aller avec eux. Une première fois pour moi, en tout cas,
c’était important. Et ouais, Ça a toujours été associé à quelque chose de…
“bah, c’est ce qui nous a permis d’être parents. C’est un très beau pays. Les
gens ont toujours été excessivement gentils avec nous. L’accueil était toujours
magnifique et tout.” Et donc pour eux, ils aiment ce pays, quoi.

Nolwenn: Et quel âge tu avais quand t’y es
allée?

Julie: Quand je suis retournée, j’avais 18.
18 ans

Nolwenn: Et qu’est-ce que tu as ressenti?

Julie: C’était un tsunami d’émotions.
Ouais, vraiment, je m’attendais à rien. Je ne sais pas comment j’ai réussi,
mais je m’attendais à rien. En arrivant là-bas, j’ai vu plein de gens qui me
ressemblaient. Donc ça, c’était déjà bizarre. Et après, je me suis un peu
laissée porter, en fait. Pendant tout ce… j’avais l’impression de, je ne sais
pas de ne pas être vraiment là. En fait, c’était très bizarre, mais c’était
bien, hein? C’était un mélange de tout. De voir aussi de là où je suis né, là
où j’ai été. Je me suis retrouvée dans un registre. C’est un espèce d’énorme
livre comme ça, où il y a tous les noms des enfants et tout. Je me suis
retrouvée dedans. J’ai fait : « ah ouais, donc j’ai vraiment… » Ça devenait
vraiment réel, quoi, tu vois? C’était plus seulement. Alors tu vois, tu viens
de cet endroit. On est allé chercher tout. Là, c’était, je me le prenais
vraiment,

Nolwenn: En pleine face

Julie: En pleine face, ouais.

Nolwenn: Et qu’est-ce que tu as ressenti
par rapport à la température, à l’air et aux odeurs?

Julie: C’est comme si je ne sais pas, mais
rien qui me choquait. Il n’y avait rien qui était bizarre. Il n’y avait rien
qui était… C’est en ça où je me suis sentie bien et en même temps, ce n’était
pas vraiment chez moi non plus. Voilà.

Nolwenn: Et ce sentiment-là, c’est
intrigant parce qu’on se sent bien, mais ce n’est pas non plus chez nous. Ça,
c’est un sentiment que je ressens moi, moi, dans presque partout, mais aussi
j’aimerais bien qu’on parle de la langue. Et est-ce que l’espagnol est une…
enfin qu’est-ce que tu ressens par rapport à cette langue? Comment est-ce que
tu décrirais ta relation et ta connexion à cette langue?

Julie: On va dire que c’est (toc toc toc)
conflictuel.

Nolwenn: Ouais, c’est pas grave. Oui, oui…
Salut!

La fille de Julie: C’est juste pour… vous
faites quoi?

Julie: Oui, mais là, on enregistre quelque
chose. D’accord ? C’est pour le travail de Nolwenn. D’accord ?

La fille de Julie: Je peux pas me taire, ou
quelque chose comme ça.

Nolwenn: Ben ça risque de durer un peu
longtemps ma puce.

Julie: Ouais, et puis il ne faut pas faire
de bruits du coup.

Nolwenn: Ouais, tu peux pas éternuer…

Julie: Va en bas ma puce, tu descends.

Nolwenn: Allez!

Julie: S’il te plait

Nolwenn: A tout de suite!

Julie: Je vais fermer la porte.

Nolwenn: Ok, donc, relation: conflictuelle.

Julie: Donc je reprends, une relation
conflictuelle avec l’espagnol depuis toujours. Gros blocage qui existe toujours
et en fait, maintenant, ça m’énerve. Pendant longtemps et encore maintenant, il
y a, il y a. Il faut que je parle comme si c’était ma langue. Mais non.

Nolwenn: Oui, parce qu’en fait,

Julie: Parfaitement!

Nolwenn: Ouais, c’est intéressant! Ouais,
ouais, je vois parce ce que tu te sens. J’ai envie de dire comme une fraude.
Peut-être parce que tu sens que tu devrais parler cette langue, mais en fait,
quand tu y penses, il y a en fait non.

Julie: Non, mais bien ben non, c’est ça,
c’est complètement oui. Intellectuellement, je sais que mais non, c’est normal
que tu ne puisses pas être fluent

Nolwenn: Ouais, c’est, mais comme ton
identité, c’est colombienne. Et comme les gens te le demandent parce que comme
tu as l’air d’être colombienne, les gens te demandent d’où est ce que tu viens
? Tu peux leur dire française, mais ils insistent et on en a parlé. Il y a des
gens. Oui, mais oui, mais quand même.

Julie: Pour de vrai,

Nolwenn: Pour de vrai. Tu viens d’où? Et
bien le fait de dire colombienne, ça, ça implique que tu parles la langue. Mais
dans ce cas-là, non. Et je pense que c’est ça qui fait que. Ah oui, ça crée un
embarras, peut-être une honte, mais en fait, qui ne devrait pas être là.

Julie: En tout cas, ça génère de la colère
qui fait que… Et comme la colère, le siège de la colère, c’est la gorge. Ça
bloque tout et ça sort pas.

Nolwenn: Ouais, c’est ça.

Julie: Je peux entendre des phrases et
plein de choses dans ma tête. Mais comme ça arrive là et c’est bloqué, voilà.
Puis c’est la langue maternelle quelque part. Je pense qu’il y a des choses qui
ne sont pas réglées non plus. Oui, le côté maternel, c’est ça.

Nolwenn: Et en fait, moi, ça me fascine. La
connexion émotionnelle qu’on a avec la langue et en fait, avec l’espagnol. J’ai
eu une relation conflictuelle,

Julie: Ouais parce que pendant longtemps,
tu me disais.

Nolwenn: Avec cette langue-là, c’est pas
c’est non.

Julie: T’as eu du mal à rentrer dans
l’espagnol.

Nolwenn: J’ai eu du mal parce que j’avais
l’impression que j’allais perdre mon anglais et j’aime l’anglais. L’anglais,
c’est ma langue plus que le français. Pour moi, l’anglais, c’est ma langue.
C’est la langue dans laquelle je pense le plus, c’est la langue dans laquelle
je m’exprime le mieux. Je fais une thérapie en anglais. Je ne veux pas la faire
en français, je la fais en anglais parce que j’ai besoin de cette langue-là et
en fait, j’avais peur de le perdre. Et j’ai tellement peur de perdre l’anglais
que en apprenant une autre langue, ce qui se passe, forcément que je m’étais
bloquée moi aussi et en fait aussi ce qui se passe. Et ça, je le vois. C’est
très similaire à ce que tu ressens. Mais pour les étrangers qui sont là depuis
10 ans, depuis 15 ans, mais qui ne parlent pas français, ils ont cette honte,
“hein? Mais ça fait 15 ans que t’es là, mais pas pourquoi tu parles pas mieux
que ça?” Et il y a une telle un nœud de honte qui se crée et ce qui rend
justement, ils se bloquent, ils se bloquent en fait complètement. Donc
peut-être qu’il y a ce conflit d’identité aussi qui fait qu’effectivement tu tu
as créé cette relation. Donc après ce sera ton travail, pour retravailler cette
relation, si t’as envie ou pas.

Julie: Ce conflit.

Nolwenn: Ouais, de recréer une relation
plus positive, en fait, de recréer des expériences positives

Julie: Ou quelque chose de plus apaisé en
me disant Bah, tu peux te tromper, c’est pas grave si tu te.. Tu fais une phrase
et… tu as mis… je ne sais pas, le mauvais temps ou… voilà. Et j’ai une voisine
avec qui je pourrais pratiquer. Je veux dire, je n’ai même pas d’excuse.

Nolwenn: Mais c’est ça aussi.

Julie: J’ai ma voisine qui est colombienne,
qui est à côté, qui me dit: “mais viens.” Et elle me parle en espagnol !

Nolwenn: Ouais, ouais!

Julie: Elle me dit: viens, on va parler,
voilà. ça vient pas.

Nolwenn: Et il faudrait peut-être que,
justement, moi, je dis toujours à mes élèves avoir ta propre vie en espagnol,
ça n’implique pas forcément de parler avec quelqu’un. Ça peut être ton espace à
toi dans une activité que tu aimes, tu vois, tu, tu la fais dans cette langue,
mais c’est pas forcément quelque chose que tu, que tu partages parce que c’est
intime. La langue, c’est aussi une relation qu’on a nous. Se parler à soi-même,
moi, je me parle beaucoup en espagnol pour pas le perdre. Je me parle beaucoup
dans cette langue là aussi.

Julie: Avec le chien aussi en espagnol.

Nolwenn: Oui, mais de moins en moins
maintenant. Ça me fait peur aussi parce que je lui parle de plus en plus en
français. Le gros conflit! Alors j’aimerais bien parler de… Ça, je trouve ça
très intéressant. Quand je suis partie en Argentine, j’ai rencontré, bah il y a
beaucoup de Colombiens qui habitent à Buenos Aires et en fait, quelque part,
moi, j’avais envie de créer des liens avec des Colombiens. Je ne sais pas
pourquoi, mais quelque part à cause ou pour toi. L’un ou l’autre, mais quelque
part pour me rapprocher de cette culture, tu vois peut-être que j’aurais eu
envie, même sans toi. Mais les Colombiens, ce n’était pas pareil pour moi de
rencontrer un Péruvien ou un Chilien, ou un Uruguayen, ou même un Argentin
qu’un Colombien. Parce que je savais que toi, tu venais de là. Donc il y avait…
En fait, il y avait quelque chose qui a fait que j’avais plus envie d’aller
vers cette culture. Je n’avais pas forcément envie d’aller y vivre, mais en
tout cas de connaître,

Julie: de connaître.

Nolwenn: Et en fait, bah d’ailleurs, très
vite, je suis rentrée dans une coloc où il y avait que des Colombiens dans
cette coloc. Ensuite, j’ai été dans une relation avec un Colombien pendant six
ans. J’y ai voyagé et c’est vrai que je ne saurais pas dire pourquoi, mais
c’est quelque part toi qui m’as influencée. Tu vois dans cette envie de
connaître cette culture, donc tu vois juste, ton origine a changé ma vie parce
que ça m’a poussée et peut-être que je n’aurais pas eu une relation avec un
Colombien. Je ne dis pas que c’est pour ça, mais toi, ça m’a poussée à avoir un
groupe, une communauté en fait colombienne.

Julie: Donc c’est amusant parce que j’ai
des.. mes cousins en Suisse. Ils sont trois garçons, mais il y en a deux qui
sont très branchés “voyage”, “sac à dos”, tout ça. Et et je pense que c’est
aussi pour ça. Mais ils sont partis là-bas. Oui, et ils ont fait tout un tour
d’Amérique du Sud. Ils ont vécu là-bas et ils sont allés beaucoup en Colombie.
Ils ont été très longtemps avec des Colombiennes et je pense que ce n’est pas pour
rien non plus. Parce que dans leur famille : “Ah ma cousine est colombienne.

Nolwenn: Oui, c’est vrai,

Julie: Elle est d’origine de là-bas. Donc,
pourquoi pas connaître ? Et ils sont restés assez longtemps. Et voilà, ils
parlent très bien espagnol, Eux! Mais parce qu’ils n’ont pas de lien de…. Ils
ont peur des problèmes, quoi.

Nolwenn: Ben eux, eux, oui, mais aussi
parce qu’ils n’ont pas de pression.

Julie: Pas du tout.

Nolwenn: Alors je connaissais. Enfin, j’ai
rencontré une fois. C’est une Américaine qui est en couple avec un Américain,
mais qui a des origines je ne sais pas de quel pays en Asie, mais ils ont vécu
dans beaucoup de pays différents en Asie. Ils déménagent à peu près tous les
deux ou trois ans. Mais du coup, ils apprennent les langues et en fait, elle me
dit qu’avec elle, ils sont super souriants, aimables parce qu’elles parlent
leur langue. Elles parlent bien parce que c’est son métier. Elles parlent
plein, plein de langues et avec elle, ils sont très, très encourageants. Mais
avec lui, non. Ils sont très stricts et justement, ils lui permettent pas de
faire des erreurs parce que le fait que physiquement, il a l’air de venir de
là, il est sous pression. Donc, c’est quelque part. C’est similaire,

Julie: Moi, c’est moi qui me mets la
pression toute seule parce que personne ne m’a mis… Même là-bas, oui, personne
me mettait la pression à part moi-même. Mais quand tu es obligé de parler, tu
parles et tu t’aperçois que bah, c’était pas si difficile en fait.

Nolwenn: Est-ce qu’il y a quelque chose
d’autre que tu voudrais dire avant qu’on se quitte sur ce thème-là?

Julie: C’est vrai qu’on parlant avec
différentes personnes adoptées qui viennent de Colombie aussi, etc. Parce que
j’en connais quand même quelques-uns. Évidemment, chaque histoire est
singulière, mais le rapport à la langue, il n’y a que moi qui l’exprime comme
ça.

Ah, oui,

De toutes les personnes qui ont été
adoptées, qui ont à peu près le même âge que moi, etc. On vient du même coin,
du même orphelinat même n’ont pas ce rapport à la langue.

Nolwenn: Alors, quel rapport est-ce qu’ils
ont?

Julie: Alors, soit ils sont hyper
décomplexés et ils s’en fichent. Ils ont un accent français, ils se trompent,
mais ils se débrouillent. Oui, et ils aiment bien. Voilà, ils aiment bien y
aller, parler, tout ça. Et il y en a d’autres. Mais il parlent pas.

Nolwenn: Oui, et ils ressentent aucune
pression.

Julie: Enfin, de ce qu’ils me disent

Nolwenn: Oui, ouais.

Julie: Après voilà, je sais qu’il y en a un
qui est parti en Colombie et avec un ami et lui donc est adopté, mais pas son
ami qui est français, mais qui parle bien espagnol, qui a un bon niveau
d’espagnol. Et il lui a dit: je te préviens moi, je ne parle pas, c’est toi qui
va parler.

Nolwenn: Ah oui,

Julie: Alors, que copain est blond aux yeux
bleus et lui, oui, il est beau et blond aux yeux bleus. Mais voilà donc

Nolwenn: Donc, il est bloqué aussi,

Julie: Quelque part. Lui, il est un petit
peu bloqué. Mais c’est vrai que les autres personnes avec qui je parle : “Ah,
bon? T’as des problèmes pour parler espagnol. Mais non, mais non, mais faut y
aller quoi! C’est tout !”

Nolwenn: Ouais,

Julie: Bah, toi, tu y arrives, moi pas.

Nolwenn: Mais est-ce que tu as rencontré
ça? Parce que je sais que tu parles bien anglais. Tu as été dans une école
américaine, donc du coup, t’as appris jeune, j’imagine. Quelle est ta relation
avec l’anglais? C’est la même relation. T’as eu du mal?

Julie: Pas du tout. Je suis rentrée dans
l’anglais comme je suis rentrée dans le français, quoi. L’anglais, c’est parce
que je n’ai pas de pression. Je me bloque pas du tout. Il n’y a pas de
problème. Ce n’est pas ma langue. Il n’y a pas de… J’ai pas besoin d’avoir de
faire une performance en anglais.

Nolwenn: Donc, en fait, de vouloir être
performante, c’est seulement dans ce domaine-là, ou il y a d’autres domaines ?
Ce que je veux dire, est-ce que ça fait partie de toi en général? Est-ce que
c’est un trait de ta personnalité ? Ou est-ce que c’est pour la langue? Pour
cette langue?

Julie: C’est surtout pour l’espagnol. Et
après, ça va être des trucs débiles, mais qui sont en rapport avec la Colombie.
Tu dois savoir danser. Tu dois savoir. Donc ça,

Nolwenn: Oui, oui!

Julie: Tu vois, c’est pas. C’est pas un
petit peu, moyen, ou non, tu dois savoir danser.

Nolwenn: Ouais, ouais, ouais. Ouais, donc,
tout ce tout ce que on attend…

Nolwenn: Moi, je sais danser, mais comme je
le sens quoi.

Nolwenn: …d’une Colombienne, tu voudrais
pouvoir le faire?

Julie: Par rapport à la danse. Je m’en
fiche,

Nolwenn: D’accord.

Julie: Je me mets pas la pression par
rapport à ça, mais la langue, c’est ce qui te permet de communiquer avec le
monde. Et donc, je me dis quelque part si je me bloque, c’est parce que est-ce
que j’ai peur d’oublier mon français ou de faire du coup un peu une …? Enfin,
comment dire … de décevoir mes parents et de choisir un camp, finalement, et de
dire finalement, je ne veux plus vous j’abandonne le français comme si c’était
en noir ou blanc? Tu vois, il faut que ce soit, soit le français, soit
l’espagnol. Je peux pas avoir les deux.

Nolwenn: Donc, ce sont ces deux langues qui
sont en conflit. Ah oui, parce que moi, le français, j’ai jamais eu peur de le
perdre, même si pourtant, je le parle pas aussi bien maintenant. Je sais parce
que j’ai trop de vocabulaire, on va dire dans ma tête.

Julie: Trop de voix dans toutes les langues
dans la tête.

Nolwenn: Mais en fait, j’ai jamais eu peur
de le perdre parce que c’est ma langue. Et en fait, le conflit, c’est en
anglais. Et l’espagnol, ça ce sont les deux langues qui sont en conflit. Et
toi, tu as deux langues en conflit, c’est le français et l’espagnol, mais pour
une autre raison. La question de l’identité.

Julie: Même si je sais que le français, je
ne l’oublierai pas.

Nolwenn: Oui, mais en fait. Là, j’ai
l’impression que ça, c’est pas seulement la langue, c’est vraiment l’idée de
“d’où est-ce que je viens? Est-ce que je suis française? Comme tu dis, c’est un
camp, il faut que tu choisisses,

Julie: Mais ça c’est encore une fois. C’est
ça, ma propre cuisine et il faut encore travailler là-dessus.

Nolwenn: Parce que quelque part, c’est
encore tromper. Si tu parles espagnol, tu j’ai envie de dire le mot tromper,
c’est pas le bon, peut-être pas le bon mot. Mais comme tu dis, tu trahis tes
parents qui ne viennent pas de là. C’est intéressant!

Julie: Ah ben oui, c’est des conflits de
loyauté.

Nolwenn: C’est ça, mais complètement.

Julie: Moi, je suis complètement là-dedans.
Comme tu dois être une enfant parfaite, parfaite ou parfait, quand tu es un
enfant adopté, tu dois lisser.

Nolwenn: Oui,

Julie: Pour correspondre. Parce que si
jamais tu ne lisse pas, bah, peut-être qu’ils vont plus t’aimer.
Donc
ils vont te renvoyer.

Nolwenn:
Ouais,

Julie: Donc. Du coup, ouais, bon. Alors ça,
c’est pas trop ma personnalité. Mais je vais lisser quand même parce qu’on sait
jamais. Pour être sûr d’être aimé et tu vois, essayer de se caler. Et puis
puis, à un moment, ça pète quand ce que tu dis? Bah non, mais ça, en fait,
c’est pas moi, en fait. Donc, soit je le sors et ça va et je peux vivre et je
peux fonctionner, soit je le laisse comme ça. Mais je vais finir par m’étouffer
avec tout ça qu’on c’est pas, c’est pas vivre quoi d’être trop lisse? Oui, tu
ne peux pas. Et puis, en fait, tu peux mettre ça sur le côté latin ou je sais
pas quoi, mais certainement, mais il y a des trucs qui débordent de temps en
temps que c’est obligé.

Nolwenn: Moi, donc, j’ai bien fait de
demander « as tu autre chose à dire? »

Julie: Tu vois?! Tu peux toujours trouver
d’autres choses à dire,

Nolwenn: Ouais, bon en même temps…

Julie: Après, ça va être trop long.

Nolwenn: Ok, super ben. Je te remercie
beaucoup pour ça. Je trouve ça vraiment fascinant. Ça m’a permis de découvrir
des choses parce qu’on n’a jamais eu cette conversation. C’est la première fois
qu’on a cette conversation et on la live. C’est pas comme si on en avait parlé
pendant plusieurs fois avant.

Julie: C’était vraiment spontané!

Nolwenn: Parfait. Donc, Julie, je te
remercie beaucoup pour cette conversation.

Julie: Merci à toi

Nolwenn: Et j’espère que ça aidera ceux qui
sont en conflit aussi avec les différentes nationalités et les origines,
plusieurs langues, etc.
Voilà

Julie:
Au revoir.

 

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Nolwenn Gautier

Prof de français depuis 2010

Ici, je vous propose de réfléchir à  comment développer une relation positive avec le français et les langues en général.

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