Episode 16: les sensations et la mélancolie

Buenos Aires depuis la fenêtre de mon appartement en 2016. 

Quartier: Almagro

Un épisode différent aujourd’hui.

On parle de souvenirs sensoriels.

Quand on voyage ou quand on déménage souvent, on a parfois une sensation de manque. Le manque d’un lieu dans lequel on a vécu: ses bruits, sa lumière, son air, sa température, ses odeurs, tout ce qui fait d’un endroit unique.

On pense aux 5 sens sont: la vue, l’odorat, le toucher, le goût et l’ouïe.

Les organes liés aux sens sont: les yeux pour la vue, le nez pour l’odorat, la peau pour le toucher, la langue pour le goût et les oreilles pour l’ouïe. 

Je vous parle de deux lieux qui me manquent: Conakry et Buenos Aires.

Préparez-vous à une expérience sensorielle: souvenez-vous d’un lieu qui vous a plu, rappelez-vous ce que vous avez ressenti.

 

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La transcritpion:

Je suis actuellement en Irlande, en plein mois de juillet. Alors qu’il fait chaud en France et en Italie – ce sont les pays où ma famille habite, le temps n’est pas vraiment estival ici.

Il a fait beau et chaud au mois de juin, mais maintenant il pleut beaucoup, il fait gris. Il fait entre 10 et 20°. 

Mais pour vous dire la vérité, je ne me plains pas. Je vis dans un van aménagé et pour moi, le pire ennemi c’est la chaleur. Alors, tout va bien. 

Je profite du temps, j’apprécie les nuages gris qui se confrontent au vert des arbres et des champs. Les fleurs sont magnifiques et apportent une touche colorée aux paysages. 

C’est mon chien qui apprécie moins. Ce n’est pas un grand fan de la pluie. 

Mais tout ça m’a fait penser aux climats et à un ancien article que j’avais écrit en espagnol à propos des sensations liées à l’environnement dans lequel on vit. J’ai recherché cet article et repris les idées pour créer cet épisode. 

Le fait de penser aux climats, aux températures m’a poussé à me souvenir de certains endroits où j’ai vécu où il faisait chaud. ça m’a rappelé Buenos Aires et Conakry. Parfois, j’ai du mal à croire que j’y ai vécu, ça paraît tellement loin. 

Et vous savez quoi, il y a des moments où j’ai envie de ressentir ces lieux, leur atmosphère, de sentir leurs odeurs, ou d’entendre leurs bruits. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a des souvenirs sensoriels qui vous manquent et que vous ne pouvez pas satisfaire. Ce sont des souvenirs, mais ils sont si abstraits qu’ils génèrent de la frustration.

Nous parlons souvent de nourriture. Bien sûr, la nourriture de votre pays vous manque lorsque vous êtes à l’étranger. On en parle beaucoup. Mais il y a beaucoup de sensations liées à un lieu : la lumière, la température, les bruits, les odeurs, les couleurs, l’air, tout ce que l’on ressent dans un lieu.

Les souvenirs olfactifs sont intenses. Lorsque vous sentez une odeur qui vous rappelle quelque chose, elle vous transporte. Et parfois, en un instant, à cause de la température, de l’odeur, d’un son ou d’autre chose, on voyage dans le temps et quand cela arrive, c’est presque magique.

En parlant d’odeur, j’ai écouté le podcast de ma sœur hier, ça s’appelle vinoterso et si vous aimez le vin, je vous conseille d’écouter son podcast. Dans l’épisode 46, elle donne un tuto sur comment déguster un verre de vin pour les débutants (ou plus expérimenté d’ailleurs) et elle a parlé du fait que l’odorat est le sens le moins sollicité. Et pourtant, c’est le sens qui nous fait presque voyager dans le temps. 

Il y a un moment de ça, il s’est passé quelque chose qui va vous paraître sans intérêt, je parlais au téléphone avec une amie qui vit à Buenos Aires, et à un moment donné elle m’a dit qu’après notre conversation elle allait faire le ménage chez elle, et soudain j’ai ressenti une sensation de vide, ça m’a presque donné le vertige. 

Et en fait, je sais que ça paraît idiot, mais je voulais sentir à nouveau l’odeur du détergent que j’avais l’habitude d’utiliser pour faire le ménage quand je vivais à Buenos Aire. Cette sensation de vide, c’était un manque, ça m’a rendue triste même. 

Cet exemple peut paraître idiot, mais ça m’a fait réfléchir.  Bien sûr, il est normal de regretter le soleil, les oiseaux, la plage. Mais là, c’est un produit ménager qui m’a manqué. C’est quand même bizarre. 

Mais du coup j’ai pensé à d’autres odeurs similaires comme l’odeur dans mon immeuble le matin quand je partais au travail. A Buenos Aires, il y a des portiers dans les immeubles, on les appelle “porteros”. Et en général, ils nettoient le sol du hall d’entrée et la parcelle du trottoir devant l’immeuble le matin. 

Et c’était une odeur que je trouvais énergisante parce je partais tôt pour aller travailler, et il y avait cette odeur fraîche, ça vous donne de l’énergie. En plus, j’aimais aller au travail, à Buenos Aires je travaillais en tant que prof d’anglais au lycée français et à l’université de Buenos Aires et j’adorais travailler là-bas. Le matin, j’avais hâte d’aller au travail. Je me préparais le matin en pensant à des projets, des intentions pour la journée, et quitter le bâtiment avec cette odeur fraîche, c’était une sensation agréable.

Imaginez qu’on puisse ressentir pour un instant la sensation d’un endroit où on vivait auparavant. Où est-ce que vous iriez ? Quelle atmosphère vous voudriez ressentir ?

Dans cet épisode, je vais décrire deux sensations que j’avais l’habitude de ressentir et ces souvenirs me font sourire, ou plutôt me rendent mélancolique.

Je commence par la chaleur de Conakry. Conakry est la capitale de la Guinée, en Afrique de l’Ouest, et son climat est tropical. Il y a une saison sèche et une saison des pluies. Mais il fait assez chaud toute l’année. Je n’ai jamais eu froid là-bas. Parfois, le soleil était trop fort, mais je m’y suis vite habitué. Et là-bas, le soleil se lève tôt, juste avant 7 heures du matin toute l’année. 

  • Je dormais les fenêtres ouvertes, je n’aimais pas l’air conditionné. Je n’aimais pas l’odeur artificielle de l’air conditionné. Et à l’aube, j’aimais sentir l’air qui était un peu plus frais, même si on ressentait déjà la chaleur du soleil dès qu’il se levait. L’air avait une odeur et une sensation particulière. Il faisait humide, c’était presque comme être dans un hammam. 

En parlant de la sensation de l’air, et la première fois que je suis allé à Conakry, j’avais 11 ans. En sortant de l’avion, j’ai eu l’impression d’entrer dans un bain turc. L’air est chaud et humide. On commence à transpirer en 5 minutes ou moins. Les premiers jours, je ne supportais pas de porter un pantalon, puis je me suis habituée. Mais cette sensation à la sortie de l’avion, je l’ai ressentie à chaque fois que j’y suis retournée. Cela vous surprend toujours. C’est tellement différent de l’air en France. Et j’aimerais pouvoir ressentir cette sensation à nouveau.

  • J’aimais la lumière du matin. Les rayons du soleil dorés perçaient à travers les stores que je ne fermais qu’à moitié. Personnellement, je n’aime pas dormir dans le noir complet, j’aime me lever avec la lumière du soleil. 

  • L’autre sens impliqué, l’ouïe (ce qu’on entend), c’était d’une part le chant des coqs. Entre parenthèses, en français l’onomatopée du chant du coq est “cocorico”. En anglais c’est cock-a-doodle-doo, mais en français c’est: cocorico. D’autre part, à Conakry, les bruits de la rue commencent tôt. Dès le matin, on entend les gens s’affairer, on les entend parler, et ça me plaisait. Je me levais tôt sans problème. J’ai toujours été une lève-tôt, je n’arrive pas à dormir tard le matin. Donc, pour moi cet environnement était idéal. 

  • Ensuite, pour le petit-déjeuner on mangeait des fruits. J’aimais les mangues. C’est une saveur que je n’ai jamais pu retrouver. Les mangues à Conakry.

 

L’autre souvenir, ou l’autre sensation que je voudrais pouvoir revivre, c’est l’aube, le lever du soleil à Buenos Aires en plein été. L’été à Buenos Aires est trop chaud. C’est insupportable; absolument et indéniablement insupportable. Si vous n’avez pas l’air conditionné, vous pouvez souffrir beaucoup de la chaleur. Comme je l’ai déjà dit, je n’aime pas l’air conditionné, mais à Buenos Aires, si vous ne l’avez pas, vous souffrez. Et je parle en connaissance de cause, à part une exception, je n’ai vécu que dans des maisons où il n’y en avait pas. En été, il vaut mieux fuir la ville. Et c’est ce que je faisais souvent, en tant que prof, j’avais deux mois de libres pendant les grandes vacances, donc je partais en vacances en France, mais j’ai fait l’expérience de passer des semaines en plein été à Buenos Aires. 

L’été à Buenos Aires, c’est comme l’été à Rome, ou peut-être à Paris, il n’y a personne. C’est calme, on peut profiter de la ville sans toute l’agitation habituelle. L’été 2016, j’étais à Buenos Aires tout le mois de février, l’été là-bas. À cette époque, je vivais avec mon compagnon et nous avions un petit appartement à Almagro, qui est mon quartier préféré à Buenos Aires. Je crois que j’ai vécu dans sept endroits à Buenos Aires pendant les six années que j’y ai passées. Cet appartement était mon préféré parce qu’il se trouvait au 11ème étage d’un immeuble, par conséquent, même si on avait pas la climatisation, la clim, il y avait toujours de l’air, du vent et la chaleur était supportable. En plus, la vue était dégagée, on pouvait voir tout Buenos Aires, c’était magique.

La nuit, c’était magnifique à cause des lumières. Mais le plus beau, c’était le lever du soleil, la lumière est intense. Les fenêtres donnaient plein sud, donc on profitait du lever et du coucher du soleil. Je me réveillais tôt et la première sensation était la soif. Il faisait chaud dès le matin mais avec une chaleur aussi intense, je n’avais pas envie de boire du thé ou du café, j’avais envie de quelque chose de frais. Mais je ne voulais pas non plus boire de l’eau. Mon compagnon à l’époque aimait la gelée. Moi, je pensais que je n’aimais pas ça, pas du tout, je trouvais que ça avait un goût artificiel, une texture bizarre, mais dans cette atmosphère-là, j’ai découvert qu’en fait j’aimais la gelée. 

Pendant un mois, tous les matins, je me réveillais, je prenais un petit verre de gelée à la fraise dans le frigo, je m’asseyais à la fenêtre et je mangeais la gelée en regardant la ville dorée par le soleil. Je sentais déjà la chaleur du soleil sur ma peau. A cette époque, je savais, j’étais consciente que je devais en profiter parce que je savais qu’un jour je ne ressentirais plus cette sensation. Je voyage souvent, je bouge souvent donc je savais que je devais profiter de l’instant présent et graver ces souvenirs dans ma mémoire. 

Et c’est devenu une philosophie de vie. Il faut apprécier les petites sensations des lieux. Par exemple, j’aimais bien le chant des perroquets à Buenos Aires. Et à l’université des sciences où je travaillais, on les entendait chanter fort. Chaque fois que j’allais travailler, j’écoutais leurs chants avec attention. Je profitais de leur chant consciemment. 

Je pense que ces moments changent votre vie, ça apporte de la richesse et de la saveur à notre vie. Chaque lieu a sa personnalité, ses caractéristiques, sa propre atmosphère, et il est important d’en être conscient, de remarquer les petits détails et de prêter attention aux sensations de l’environnement dans lequel on vit. Il y a tant de sensations qui me manquent. Et c’était vraiment agréable de préparer cet épisode. 

Comme vous le savez peut-être, en ce moment je vis dans un van aménagé en Irlande, et les paysages que je découvre sont incroyables. J’ai parfois l’impression d’observer des peintures. Vivre dans un van m’a permis d’aller encore plus loin dans ma pratique de vivre chaque moment, d’être présent et d’absorber la beauté de l’environnement dans lequel je me trouve. 

Maintenant, je vais vous poser à nouveau la question suivante : si vous pouviez ressentir pendant un instant une sensation d’un endroit où vous viviez auparavant, qu’est-ce que ce serait ? Que voudriez-vous ressentir ? Pensez à tous les sens. 

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Learn French with Nolwenn – French podcast and French course 

Nolwenn Gautier

Prof de français depuis 2010

Ici, je vous propose de réfléchir à  comment développer une relation positive avec le français et les langues en général.

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